Le « Producer to Consumer » : La prochaine révolution du Business de la TV
Nous l’avons abordé déjà plusieurs fois ici, nous sommes convaincus que le business de la télévision comme nous le connaissons aujourd’hui vit ses dernières heures. Et lorsque nous parlons du business de la TV, nous parlons notamment du rapport de force entre les chaines de télévision et les producteurs. Un récent article posté sur le « Business Insider » écrit par Jim Louderback résume bien cette approche.
Pour lui tout est question de choix et d’optimisation de la qualité de son temps passé devant du contenu audiovisuel. Il appuie son analyse certes simple sur une observation historique. Que soit pour des questions économiques, pratiques ou intellectuelles, le consommateur est toujours allé vers ce qui lui permettait de voir ce qu’il voulait quand il le voulait et au prix le plus attractif. Et pour Jim, dans ce cadre précis, le model des cablo-opérateurs qui régie pourtant aujourd’hui la production mondiale aurait du souci à se faire.
Ce qui va changer dans le TV business est la même chose que ce qui a révolutionné la musique ou la presse. C’est-à-dire la capacité de n’acheter dans un journal que les articles qui nous intéressent ou dans un CD les morceaux qui nous plaisent. L’idée va même plus loin : « Pourquoi regarder l’ensemble d’un show TV alors que je peux regarder les meilleurs moments sur YouTube le lendemain ! ».
La réponse parait évidente lorsqu’on observe le modèle des Cablo-Opérateurs. Lorsque vous payez un abonnement de 75$ pour 500 chaines vous n’en regardez en fait que 15 en moyenne. Ce qui nous fait environ 5€ par mois pour une chaine TV. Les puissants opérateurs du câble américains ont beau faire des communiqués de presse rassurants sur leur modèle ou racheter HULU pour mieux le juguler, il semble que le consommateur découvre peu à peu une offre bien plus optimale et séduisante qui marque le début d’une nouvelle façon de consommer pour tous !
Dans la suite de l’article Jim Louderback explique longuement à quel point les applications TV sont géniales et représentent des opportunités fabuleuses. (Nous passerons sur ce point pour cette fois car nous avons déjà beaucoup abordé cette question sur ce blog).
Quoiqu’il en soit pour nous, ces deux facteurs sont effectivement suffisamment parlants pour comprendre que d’ici peu, le contenu rediffusé 50 fois sur les chaines du câble et que nous regardons faute de mieux le dimanche devrait laisser place à une consommation plus optimale via des applications en directe avec les producteurs. Nous pourrons ainsi suivre nos programmes préférés, à notre rythme, dans l’ordre et surtout sans payer pour le reste des programmes dont nous n’avons que faire.
Beaucoup aujourd’hui arguent que c’est l’économie de ce marché qui exige les 50 redifs de Dr House nécessaires à sa rentabilisation. C’est d’ailleurs cette raison qui pousse TF1 à proposer la série dans un ordre stratégique et pas dans l’ordre logique et ce malgré les exaspérations de toute leur audience. C’est aussi, ce principe de stratégie de rentabilisation qui poussent les chaines TV à mixer les programmes haut de gamme avec tout un tas de programme plus « cheap » voire « nanards » sur lesquels ils vont pouvoir faire levier pour vendre de la publicité fort de notre passivité du fin fond de notre canapé !
Mais après un peu de recul, sommes-nous bien sûr que c’est le prix du programme qui justifie tous ces trucs de rentabilisation ? N’est ce pas aussi et surtout le coût de l’infrastructure du distributeur national avec tout ce que cela représente de marges. Alors le jour ou CBS, FOX, Warner et Universal décideront de créer leur propre Apps et nous diffuserons sous abonnement ou tout simplement sur un financement publicitaire leur contenu, auront-ils longtemps besoin des chaines pour atteindre leur niveau de business actuel ? Il est quasi certain que non ! Espérons que les chaines TV françaises auront pris d’ici là les mesures nécessaires pour faire en sorte que de canal de distribution, elles soient devenues productrices de contenu audiovisuel premium et international…
Il est vrai que l’échec récent de la pénétration de HULU aux UK apparait pour beaucoup comme un contre-exemple s’agissant de l’avenir de ce model « producteur directement vers le consommateur ». Mais pour nous cet échec n’est que le reflet d’un attaque trop tot dans le cycle de vie du marché. Et les chaines TV n’ont pu faire ce lobbying que parce que la puissance de la vidéo sur internet est encore trop faible par rapport à la TV. Mais le point d’inflexion n’est pas loin au regard des chiffres de l’article précédemment posté qui témoignent de la rapidité de changement des habitudes de consommation. Il y a donc fort à parier que les producteurs font tous les jours leurs calculs depuis leur villa de Beverly Hills et qu’un jour prochain, ils devraient annoncer aux chaines TV qu’elles n’auront plus droit à une exclusivité géographique sur le contenu et ce ne sera pas autrement !
Cet article a été publié le lundi, mai 3rd, 2010 et est classé dans Business Model et monétisation, Evolution de la TV, Innovations &Technologies, Video sur Internet. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.
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