Pourquoi venir voir à la TV des programmes qu’on peut déjà voir partout sur internet ?
Ce matin CB News publiait l’article suivant:
« TV : La proximité toujours au cœur des programmes internationaux
Quelque soit le genre de programme, les émissions de télévision les plus performantes jouent la carte de la proximité indique l’étude Nota (publiée par Eurodata TV Worldwide et IMCA). Ainsi parmi les tendances les plus marquantes, on observe une forte présence des émissions de dating comme Disaster date sur MTV où l’entourage d’un célibataire lui organise le pire rencard ou le très attendu Marriage Ref (NBC) où Jerry Seinfeld décortique avec son humour légendaire les bisbilles quotidiennes des couples. La famille est très présente autant dans les jeux My Family vs the Nation (sur l’espagnole Tele5) ou Reality Affairs (une sorte de Confession Intime sur la vie de famille sur la chaîne allemande Pro7). Même sentiment si on compare les séries du monde entier : de la très drôle Cougar Town avec Courtney cox (ABC) à Modern Family (sur ABC également) partout les protagonistes sont moqués mais avec un humour bienveillant. Malgré quelques remakes (The Prisoner, V ou NCIS Los Angeles), l’étude remarque « un vent de créativité » avec notamment Braquo (Canal+), Casts Offs (Channel 4) ou Floor Faber sur Net5 (Pays-Bas). Autre tendance très présente dans cette années de crise : la solidarité. En effet, on voit naitre des clones de Julien Courbet qui se mettent en quatre pour régler des problèmes concrets des gens : Don’t get screwed (BBC3), Dishing the dirt (ITV1), Tous ensemble (TF1) ou Seven days on the breadline (où des stars anglaises s’installent chez des citoyens moyens) sur ITV1 également. Des programmes loufoques sortent également du lot comme Ushi & Sushi (RTL 4) or School of silence (BBC1) ».
L’émergence de deux écoles !
De l’avis de Plinkers les résultats de cette étude nous conduisent deux directions paradoxales. Ce que nous lisons à travers cette analyse est en fait que les programmes TV qui fonctionne en ce moment sont soit des programmes « Internet inspired » (proximité, loufoque, crise), soit des programmes créatifs et singuliers. De notre point de vue, ce sont deux écoles qui s’affrontent ici !
Les « Old School » s’évertue à effectivement proposer des programmes proche des gens, des programmes qui leur ressemblent, des programmes sans risque réel. En gros des programmes TV que les gens auraient pu créer eux-mêmes. Et d’ailleurs ils le font sur internet ! en un peu moins bien produit, moins bien filmé, de façon moins sublimée, moins excitante…
Les « New School » quant à eux suivent le chemin de la créativité. Vous aurez compris que de notre coté, notre cœur balance plutôt pour les « New School ». En effet, nous pensons que devant une prise d’importance de l’internet dans la vie de chacun, la TV plutôt que de copier celui-ci doit au contraire se singulariser et affirmer une ligne éditorial propre et fidelisante. Donnant ainsi de la valeur à leur marque.
Des habitudes difficiles à changer !
Dans la même newsletter on y apprend que les chaines de TV via le SNPTV vont faire l’apologie de la publicité. Ce qui ressemble fortement à une tentative paniquée de lutter pour limiter la chute de leur marge (estimé à 10% cette année).
Les grandes chaines de télévision semblent aujourd’hui faire face au revers de la médaille des habitudes « successful » prises par le passé. Pendant très longtemps la TV pouvait copier à loisir et sans crainte ce qui se passait dans le monde. En effet, et quand bien même, elles n’étaient pas à l’origine de l’idée, leur puissance nationale leur garantissait la primauté de l’idée et donc le caractère innovant de celle-ci.
Aujourd’hui avec la puissance d’internet et son caractère international, l’innovation est les succès sont bien plus facilement et rapidement identifiée. Par conséquent les stratégies systématiquement « sécurisées » qui consistaient à ne lancer que des programmes qui avaient déjà fonctionnés, dans un autre pays ou sur un autre media, sont aujourd’hui les mauvaises habitudes qui pourraient bien être à l’origine de la désaffection des chaines de TV.
« Pourquoi venir voir à la TV des choses qu’on peut déjà voir partout sur internet ? »
Le succès des Catch-Up TV notamment celle de M6 devrait déjà avoir interpeller les chaines. En effet, si elle sortent des programmes forts et attractifs, elles savent qu’elles peuvent trouver un revenu complémentaire et substantielle demain en diffusant elles-mêmes ce contenu sur le web. Ce principe pourrait ainsi positionner la TV comme un outil puissant de production et de lancement de programme à forte valeur ajoutée !
De notre point de vue, c’est très certainement avec une approche bien plus qualitative et avec une ligne éditoriale beaucoup plus exigeante que les TV devraient réussir à préserver leur position. La puissance de la TV est incontestable et la passivité devant un programme a aussi ses vertus. Il faut simplement qu’elle trouve ses facteurs de différenciation afin de ne pas devenir un support (device) de plus pour le web.
Les flux ultra-fédérateurs nivelés par le bas sont terminés !
Les chaines doivent prendre plus de risques, produire plus de programmes inédits pour préserver leur rôle au sein de la chaine de valeur et proposer une ligne éditoriale à la hauteur d’une image de marque forte et singulière. Il faut que le public sache pourquoi ils vient regarder ce flux de contenu ou chercher son contenu chez cette marque.
De notre point de vue, singularisation ne veut pas dire « petite chaine thématiques du câble ». Tout est dans la puissance supranationale et la qualité de l’image de marque. Fait du singulier attire fortement, le faire international permet de préserver sa puissance. C’est le cas de MTV par exemple qui n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Ses programmes sont souvent cheaps et idiots mais ils répondent à un positionnement fort et claire correspondant à une cible précise qui voue un culte pour cette chaine et ses programmes !
Network et Majors… même combat !
Les networks et les Majors doivent aujourd’hui aborder leur stratégie dans la même direction. Seule le point de départ est différent. Les networks ont la puissance et l’assise financière et les majors détiennent les contenus, l’approche internationale et un accès facilité à la diffusion grâce à IpTV. Dans tous les cas il est important de garder en tête que la TV Interactive ou la connected TV n’est qu’une extension d’internet dans le salon et que pour préserver le rôle des chaines face à la puissance du choix sur internet, il faudra qu’on sache pourquoi on vient regarder un flux de contenu inconnu plutôt que des programmes connus en VOD directement depuis les site / webTV, IpTV ou autre des producteurs eux-mêmes !
En d’autres termes, l’avenir nous réserve très prochainement une concentration forte du marché des diffuseurs et des producteurs
Cet article a été publié le vendredi, décembre 11th, 2009 et est classé dans Evolution de la production audiovisuelle, Evolution de la TV, Video sur Internet. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.


